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Retour sur la 3e édition du congrès scientifique et médical EuroDia Meeting

Docteurs Alexis Forterre et Allan Langlois, Chercheurs au Centre européen d’étude du Diabète, Strasbourg

Hiver 2019 - Lettre n°32
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« Poursuivre l’étude de la physiologie humaine et de la physiopathologie du diabète pour apporter des solutions thérapeutiques innovantes » est une des nombreuses recommandations prononcées par le Pr Michel Pinget (Professeur émérite de l’Université de Strasbourg et Président du Centre européen d’étude du Diabète – CeeD) lors du 3e EuroDia Meeting co-organisé par ce dernier et le Dr Karim Bouzakri (directeur du laboratoire du CeeD). Ce congrès s’est déroulé les 21 et 22 novembre 2019 à l’Hôtel du Département de Strasbourg. Il a réuni environ 200 participants issus de la communauté scientifique (chercheurs) et du corps médical (médecins et cliniciens) venus de toutes les régions de France, mais également de Suisse, de Belgique, d’Italie, de Suède et du Japon !

Le diabète est la première pandémie dont l’origine n’est pas liée à des agents pathogènes (bactéries, virus…) mais à l’impact direct de l’Homme !  En effet, il est clairement avéré que les facteurs environnementaux et sociétaux jouent un rôle important dans l’apparition et le développement de la maladie. L’un de ces fléaux est l’obésité.

À ce jour, on dénombre 500 millions de diabétiques dans le monde (dont 4,5 millions en France) pour un coût de 715 milliards de dollars (19 milliards dans l’hexagone). Les prévisions ne sont guère encourageantes : 1 milliard de diabétiques pour des dépenses de santé de 1 000 milliards de dollars sont prévus pour 2040 dans le monde. Au vu de ce constat dramatique, une question fondamentale a alors été posée par le Pr Michel Pinget : « L’inacceptable peut-il être évité ? ». C’est sur cette interrogation que s’est articulé l’ensemble du congrès.

Cette question a tout d’abord mis en évidence qu’il est primordial de revoir tout le système de santé et de privilégier dans le futur une forme innovante et complémentaire de travail interprofessionnel dans le futur afin d’assurer une meilleure prise en charge du patient diabétique. Ceci passera par la création de nouveaux corps de métiers, comme les IPA (infirmiers,-ières de pratiques avancées), de nouveaux outils de prévention, diagnostic, dépistage tels que la télémédecine (ex : PeDi-DIAB pour le suivi du pied diabétique porté par le Pr L. Kessler). Ceci permettra d’améliorer l’accès, l’efficacité et la qualité des soins dispensés aux patients et de faciliter les échanges entre les différents professionnels de santé. Ces améliorations innovantes permettront également un meilleur accompagnement du patient diabétique et une meilleure organisation des soins tout en soulageant la surcharge de travail des médecins.

Dans un second temps, c’est par l’amélioration de la connaissance de la physiologie humaine et de la physiopathologie du diabète que nous pourrons apporter des nouvelles solutions thérapeutiques aux patients et ainsi « éviter l’inévitable ».

Où en est-on aujourd’hui ?

Le fait bien établi est que la cause commune de tous les diabètes est la diminution du nombre de cellules à insuline fonctionnelles. Il faut donc protéger l’îlot pancréatique ou le remplacer. Une découverte fondamentale de ces dernières années est l’existence d’un dialogue croisé entre les différents organes qui joue un rôle majeur dans la sécrétion de l’insuline, la protection des cellules à insuline et la régulation de la glycémie. Les travaux menés par le Dr K. Bouzakri (muscle/pancréas) et le Pr H. Katagiri (système nerveux/pancréas) insistent sur l’importance du rôle des différents organes (muscle, pancréas, foie, cerveau…) dans la régulation de la sécrétion de l’insuline. D’autres équipes ont démontré l’existence de messagers sécrétés par ces organes, comme les myokines (Dr K. Bouzakri) ou bien encore les vésicules sécrétées par les cellules de l’organisme (les exosomes par le Pr R. Regazzi). Enfin, le Pr M. Kanzaki a complété les connaissances actuelles sur les mécanismes de sécrétion de l’insuline.

Par ailleurs, les recherches biomédicales de la physiopathologie du diabète ont également fortement progressé et ont aidé à la compréhension de la maladie. En effet, le Dr M. Aouadi a présenté ses travaux sur l’implication de cellules de l’inflammation dans le foie qui favorisent le développement de la résistance à l’insuline et du diabète de type 2. Ces études ont été complétées par les professeurs M. Doffoel et B. Staels sur une des complications liées à l’obésité, la NASH (stéatose hépatique non alcoolique). Cette dernière, entretenue par l’insulino-résistance, est responsable de cirrhose pouvant conduire à l’apparition de cancers, mais également de maladies cardiovasculaires. Enfin, le Pr M. Buysschaert a indiqué que la personne diabétique serait plus sujet au développement de maladies parodontales. Ces dernières prédisposent au (pré-)diabète et contribuent au déséquilibre glycémique chronique.

Qu’en est-il des différentes stratégies thérapeutiques proposées actuellement ?

Les médicaments utilisés à ce jour ne vont pas cibler directement la cellule à insuline mais tous les organes impliqués dans la régulation de la glycémie (foie, intestin,…) et des complications liées au diabète (cardiovasculaires…). Ce panel  de médicaments devrait être enrichi dans un futur proche grâce aux nouvelles découvertes réalisées.  Le Dr C. Caussy a fortement insisté sur le respect des mesures hygiéno-diététiques (alimentation variée et équilibrée associée à une activité physique régulière) en tant que traitement du patient diabétique.

La thérapie cellulaire est également une stratégie utilisée (transplantation d’îlots) pour traiter le diabète de type 1, avec une efficacité d’une dizaine d’années sur la régulation de la glycémie et la réduction des hypoglycémies sévères. Néanmoins, la problématique de cette stratégie est la nécessité d’avoir recours à 2 à 3 pancréas pour traiter un seul patient. Comme souligné par le Dr T. Hubert,  il est établi que pour résoudre ce problème il est essentiel d’avoir un pancréas d’un donneur de bonne qualité, mais également d’améliorer les techniques de prélèvement, de préservation de l’organe ainsi que de préparation des îlots avant la greffe. Dans ce sens, il a été proposé l’utilisation de matrices de soutien  (Dr E. Maillard) ou de molécules physiologiques sécrétées par le muscle (Dr K. Bouzakri et  Pr M. Pinget). De plus, pour pallier à la difficulté d’obtention d’îlots pancréatiques, il est également envisagé le remplacement des cellules à insuline déficientes par des cellules souches ou de pancréas bio-artificiels comme par exemple le Viacyte®  (Pr. L. Piemonti). Enfin, le Pr. K. Furuyama a proposé la reprogrammation de cellules diverses en cellules à insuline pour régénérer les cellules défectueuses.

 

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