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Raid Amazones 2019 : le défi de Bénédicte et Marine

M.W.

Été 2019 - lettre n°30
#Raid amazones #Aventure #Sport #Bien-être #Diabète #Challenges sportifs #challenge

Bénédicte, 34 ans, a été diagnostiquée diabétique de type 1 en septembre 2018, alors qu’elle revenait de 2 ans passés à Djibouti, où elle avait suivi son mari. Elle y a vécu 2 années merveilleuses à ne faire que des choses qui lui plaisaient : elle chantait dans un groupe, donnait des cours de chant et d’initiation à la danse classique et y a découvert le yoga, le tir à l’arc et la plongée. Elle s’était un peu essayée à la course à pieds avec son mari, mais occasionnellement. Le couple est aujourd’hui établi à Orléans. Marine quant à elle est endocrinologue diabétologue au CH de Toulon. Elle est passionnée de sport, aime la nature, les aventures humaines et les défis.

Ensemble elles ont participé au Raid Amazones, un Raid 100% féminin, qui s’est déroulé au Sri Lanka du 22 mars au 1er avril dernier. Elles nous racontent leur aventure…

Qu’est-ce qui vous a amené à vous lancer dans ce projet ? Pourquoi choisir le Raid Amazones ?

Bénédicte : À la suite de l’annonce du diabète, qui s’est faite lors de nos vacances à Toulon, j’ai rencontré Marine, endocrinologue, qui nous a expliqué ce qu’était le diabète, qu’il allait falloir apprendre à vivre avec. J’ai compris qu’il faudrait repousser certains de nos projets. Mais elle a voulu nous rassurer : rien n’était impossible. Un mois après mon hospitalisation et alors installée près d’Orléans, Marine prenait de mes nouvelles (équilibre du diabète, résultats biologiques, suivi médical…). Avait-elle peur que je m’ennuie dans ma nouvelle région ? Elle me propose de participer au Raid Amazones, afin d’expérimenter « sport & diabète » dans une super aventure à l’étranger. Il faut savoir que Marine est fan de sport… de trail et de courses ! Je m’informe sur ce Raid, une session était en cours fin octobre… au début je m’en sens physiquement incapable. Puis je fais l’analyse de l’hémoglobine glyquée à 3 mois de la découverte (tous ces mots que je ne connaissais pas, qui vont maintenant faire partie de ma vie et de celle de mon mari) et là, surprise, le taux est super (de 12% je passe à 6%).

Je sens donc que tout peut être possible et du coup j’accepte l’aventure… il ne nous reste plus que 4 mois avant le départ.

Marine : J’ai rencontré Bénédicte et son mari au détour d’une visite médicale tandis qu’elle était hospitalisée dans le service d’endocrinologie de l’hôpital de Toulon : elle venait tout juste d’apprendre qu’elle était diabétique et découvrait l’usage de son futur traitement : l’insuline.
Immédiatement, j’ai vu en elle une battante, une jeune femme forte et invincible ayant traversé des épreuves douloureuses dans sa vie.
Puis Bénédicte est partie dans sa région de résidence où elle est suivie sur le plan médical.
À ce même moment, je découvrais l’existence du Raid Amazones et voyais en ce Raid un merveilleux moyen de pouvoir concilier sport et diabète à travers cette aventure sportive solidaire et féminine à l’étranger ! J’ai alors spontanément pensé à Bénédicte !

Comment vous êtes-vous préparées ?

Bénédicte : J’ai commencé par une inscription à une salle de sport, j’y vais 2 à 3 fois par semaine. J’essayais de voir comment réagissaient mes glycémies… je fais parfois un peu d’hypo à la fin de l’activité mais globalement ça va. C’est l’insuline lente que je baisse régulièrement (je suis sous stylo et j’ai donc 2 insulines, une lente : vitale ; une rapide : pour l’action sur les repas !).
Mon mari m’entraîne à la course, je ne vise surtout pas un chrono, le but est de terminer les activités commencées. Et de bien les commencer !! Ne pas être en hypo, car là ça empêche de prendre un bon départ (expérience en entraînement à l’hopital de Toulon avec Marine) et bien diminuer la rapide si on se fait une injection avant l’activité physique.Pendant 3 mois, j’avoue n’avoir pensé qu’au sport… mais je n’ai pas vu le temps passer.
J’ai participé à une semaine d’insulinothérapie fonctionnelle fin janvier à Toulon, pour mieux nous connaître mon coloc et moi, lui attribuer des ratios, afin de gérer au mieux la dose d’insuline à apporter lors des repas !

Marine : Nous avions 4 mois pour préparer ce beau projet. Ils ont été rythmés par :

  • Solliciter et convaincre nos futurs partenaires financiers, que nous remercions sincèrement pour leur accompagnement et leur engouement immédiat.
  • Optimiser la théorie concernant le diabète avec la participation de Bénédicte à une semaine d’éducation thérapeutique centrée sur l’insulinothérapie fonctionnelle au CH de Toulon afin de gagner en liberté dans un pays étranger aux habitudes culinaires différentes.
  • Un focus théorique particulier sur diabète & sport et une mise en application, avec l’organisation de 2 week-ends d’entraînement avec Bénédicte (footing de 10 km, 40 km de vélo et 1 cours de canoë kayak).

Comment s’est déroulée l’aventure ? La gestion du diabète a-t-elle été difficile ? A-t-elle présenté des difficultés supplémentaires ?

Bénédicte : Ça a été une très belle aventure faite :

  • D’interrogations pendant les repas (je pense que c’est véritablement cela le plus dur : savoir la quantité de glucides présents dans chaque aliment et surtout dans notre assiette). Savoir la dose de lente à faire au fil des jours, on baissa chaque jour d’une unité ou 2 unités, car l’activité physique, comme la récupération, fait baisser la glycémie ! Et surtout on se contrôle : vive les appareils de contrôle sans piqûre ! Je ne connais que ça (enfin presque, car lors de cette semaine je ne me suis jamais autant piquée les doigts pour vraiment être sûre de ma glycémie dans les moments stratégiques !) et ça change la vie et permet de mieux accepter le diabète.
  • De rencontres de femmes, aux multiples horizons, avec chacune leurs raisons et motivations d’être là, qui veulent mieux se connaître et se dépasser.
  • D’échanges. C’est une chose merveilleuse, que de parler : ça ouvre son esprit, sa conscience. J’ai voulu participer car l’interaction humaine m’intéressait beaucoup. Au début, le fait que cela soit 100% féminin, m’avait un peu fait peur, mais ça a été vraiment une très belle expérience.
  • De sport et de distance jamais parcourus !

Ça a été ma première course 17 km, car je m’étais arrêtée à 10 km à l’entraînement.Niveau glycémie : 1,7g/l à quelques minutes du départ avec une petite part de stress, alors 2 cuillères de riz au lait « sri lankais » juste avant le départ histoire d’éviter une hypoglycémie ! (Erreur, mais ce n’est pas grave… à 4 km une correction, car courir avec plus de 3g de glycémie ce n’est pas bon non plus !) mais la course se termine sans bobos et sans hypo !! Même après l’effort. Notre stratégie était de partir sans insuline active, étant donné que les épreuves commençaient de bonne heure (à 6h du matin) et se terminaient vers 10h ! Je mangeais bien le soir et le matin la glycémie était plus que bien. En plus de la gestion de la lente, il y avait l’excitation de l’épreuve ! Tir à l’arc l’après-midi autant dire que je suis ravie !

La seconde épreuve : 15 km de canoë. Une distance énorme pour une activité jamais pratiquée. Seulement une matinée avec le club nautique de Toulon, merci pour leurs conseils, qu’on a peu mis en pratique avec l’excitation ! Mais l’important était de finir ! Et quel final !! Après un départ chaotique, on ne sait pas trop combien on est classées, mais après élaboration d’une stratégie plutôt efficace, on remonte bien dans le classement et on pense avoir pas mal joué ! Moins de 3h au chrono et le soir excitation maximale. Verdict : 8e ! Rien que pour cela j’ai gagné ma participation à ce merveilleux Raid. L’après-midi épreuve de survie, on apprend à faire un feu avec du bambou ! Superbe journée !

La troisième épreuve : 48 km de VTT. Mon épreuve, j’aime le vélo, je me sens à l’aise. Il va falloir pédaler vite si on veut un petit classement, (pourtant on s’en fiche du classement), mais l’épreuve de la veille est dans ma tête, l’adrénaline aussi, la glycémie est encore super, tout est possible !

Même la chute, à cause d’un trou que je n’ai pas vu et du sable ! Un petit excès de zèle pour une novice des courses comme celles-ci ! Dommage c’était super ! Je ne regrette rien, car qui ne tente rien n’a rien. J’ai appris pour la prochaine fois (qui sait ! ). Résultat : fracture du poignet droit qu’il va falloir opérer en France !

Le quatrième jour c’était chasse au trésor, on a pu participer à la première partie en ville. C’était quand même sympa de profiter encore un peu, avant de partir avant tout le monde.

Il nous manquera 2 épreuves : le Run and Bike et une dernière course de 10 km, principalement dans le sable et un final dans l’eau.

Que retirez-vous de cette expérience ? Quel message souhaitez-vous faire passer aux patients et plus globalement à tous ceux qui liront cet article ?

Bénédicte : Nous sommes des Amazones, car il y a eu dépassement de soi et connaissance de soi. Sport et diabète est un mélange gagnant : on baisse l’insuline (se piquer moins ça fait du bien) et on fait du bien à tout son corps et à son esprit. Ça fait du bien aussi de se dire que oui on peut voyager en s’adaptant à la nourriture, Bref on vit !! Je ne regrette pas du tout d’avoir vécu cette aventure, bien au contraire, merci Marine !

Bon, on était parties pour finir toutes les épreuves, j’ai voulu aller plus vite que la musique, ça arrive.

Mais ce qu’on a fait c’est déjà plus que ce que je n’avais jamais fait. J’ai géré également diabète et opération : ça s’est bien passé. Maintenant diabète et rééducation (l’arrêt du sport m’a fait remonter l’insuline lente). Mais c’est ça le diabète, toujours réajuster les doses, en fonction de son rythme de vie. Nous sommes des chefs d’orchestre ! Alors osons jouer n’importe quelle partition !

Marine : Pour Bénédicte l’objectif a été atteint : dépasser ses craintes, partir à l’aventure à l’étranger et se découvrir en grande sportive, tout en dépassant les limites du diabète et en en faisant même une force ! Ce n’est pas le diabète qui l’a stoppée, mais une fracture du poignet qui aurait pu arriver à n’importe qui ! Elle peut être fière d’avoir relevé un tel défi à seulement 6 mois de l’annonce du diabète ! En ayant relevé ce beau challenge, nous espérons encourager le dépassement de soi chez tous les diabétiques insulino-traités !

Grâce au soutien de tous leurs partenaires, l’association Maatis, et plus précisément son antenne « APAS’SPORT, un pas vers le sport », facilitant l’accès au sport des patients diabétiques, pourra bénéficier d’un soutien financier de 1 000€ à l’issue de cet événement mettant à l’honneur Diabète & Sport !

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