Sport et santé

Portrait – Delphine Arduini

Hiver 2013 - Lettre n°6
#Pompe à insuline #Symptômes #Voyage #Diabète #Insuline

Delphine Arduini a 34 ans. Diagnostiquée diabétique en novembre 1994 et traitée par pompe à insuline, elle a réalisé son rêve en 2008 en parcourant un tour du monde.

À quel âge et dans quelles circonstances ton diabète est-il survenu ?

Mon Diabète est entré dans ma vie un jour de novembre 94… J’avais 16 ans.
Tout est allé très vite. En l’espace de 15 jours, j’ai eu tous les symptômes cliniques : polyurie, polydipsie, amaigrissement alors que je mangeais comme deux, fatigue, et un monde qui devenait de plus en plus flou, malgré mes lunettes qui avaient élu domicile à 100% sur le bout de mon nez. Les premiers temps, on a mis cela sur le dos du rythme de mes études et des matches de tennis que j’enchaînais… Jusqu’au jour, où devant mes parents j’ai vidé entièrement une bouteille d’eau. Là, cela leur a mis la puce à l’oreille, étant normalement un vrai chameau !
Une glycémie à jeun de 3,13g/l le lendemain matin a posé le diagnostic. C’était le 14 novembre 1994, le jour de la Journée Mondiale du Diabète.

Tu as consacré une partie de ta vie au voyage, pourquoi ?

Les voyages, lointains ou moins lointains, ont toujours fait partie de notre vie de famille. J’y ai donc pris goût très tôt, et ai continué sur cette lancée à l’âge adulte. J’adore découvrir de nouvelles cultures, de nouveaux paysages, rencontrer de nouvelles personnes, apprendre, échanger…
Très rapidement j’ai compris que mon diabète ne devait pas être un frein à la réalisation de ma vie, de mes projets, de mes rêves. Je me serai bien passée de ce ‘pot de colle’, mais, il est là ! J’ai donc toujours, pris le temps d’apprendre à le connaître, à connaître mon corps et comment ils fonctionnent tous les deux dans telle ou telle situation. J’essaie, après chaque expérience de vie (sport, voyages, quotidien) de me poser et de comprendre (ou au moins d’essayer !) ce qui s’est passé : pourquoi une hyper ? pourquoi une hypo ? qu’est ce qui a bien marché ?
Cette connaissance est la clef de ma liberté. Elle me permet de m’affranchir au maximum des contraintes du diabète.

Un tour du monde quand on est diabétique, n’est-ce pas trop difficile à gérer ?

« Quand on veut, on peut »…
Pour réaliser ce rêve, je m’en suis donnée les moyens. Je me suis tout d’abord appuyée sur mes expériences passées (voyages, treks) puis j’y ai consacré beaucoup de temps et d’énergie (environ 80% de la préparation du voyage) car je ne voulais en aucun cas que mon diabète soit la cause d’un « non départ », ou d’un retour anticipé. Je me suis donc posée, ai réfléchi (autant que je le pouvais !) aux différentes situations que j’allais rencontrer (alimentation et spécialités culinaires locales, treks, températures, altitudes…), ai planifié les ravitaillements en insuline et matériel (consommables de pompe à insuline et contrôles de la glycémie), et ai anticipé les éventuels problèmes. Bref, tout était orchestré, mais c’était la clef de la réussite de notre Tour du Monde et de l’équilibre de mon diabète pendant cette belle aventure !

Et pour l’insuline ?

D’un point de vue quantité, j’ai surévalué (+25%) mes besoins quotidiens en insuline. À cela, j’y ai ajouté un « stock de sécurité » (correspondant à 2 semaines de traitement) que Christophe, mon mari, avait dans ses affaires. Il est toujours très important de répartir son traitement dans plusieurs sacs, au cas où.
Sinon, pendant les 350 jours de voyage, mon insuline a toujours voyagé dans mon sac à dos (sur lequel je veillais comme à la prunelle de mes yeux !) à température ambiante. Grâce à mon cursus scientifique et mes expériences passées, je sais ce que n’aime pas l’insuline : les variations de températures. J’ai donc construit mon Tour du Monde et mes ravitaillements en insuline en fonction des pays et de leurs températures, et en faisant en sorte de minimiser au maximum les chocs thermiques.

As-tu vécu des moments où tu t’es sentie en insécurité par rapport à ta maladie ?

Non, jamais. Premièrement, le diabète n’est pas écrit sur notre front : je le disais quand j’estimais devoir le dire…Par ailleurs, le fait d’avoir pris le temps de tout planifier avant de partir m’a permis d’être sereine vis-à-vis de mon diabète : j’étais accompagnée, et pas seule, j’avais suffisamment de traitement réparti dans plusieurs sacs, j’avais un stock de sécurité, j’avais les coordonnées des ambassades de France et numéros d’urgence de chaque pays traversé, et ma famille savait toujours où nous étions grâce à Internet.

Quand as-tu créé ton association et quels en sont les objectifs ?

J’ai créé mon association « World Diabetes Tour » en septembre 2008, quelques mois avant de m’envoler pour mon Tour du Monde. L’objectif de mon association est de parler d’une belle voix du diabète, et plus précisément du Type 1. Malgré ce fidèle et pot de colle compagnon de route, nous pouvons vivre notre vie, et réaliser nos rêves !

Si tu avais des conseils à apporter aux diabétiques qui liront cette lettre, quels seraient-ils ?

« Quand on veut, on peut ». Malgré mon diabète, j’ai fait de mon rêve, une réalité ! Et ça c’est génial ! Ce fut 350 jours de bonheur, de joies, de super rencontres, de galères aussi, de fatigue un peu… mais, je l’ai réalisé et sans déséquilibrer mon DID ! Et du coup, ça booste pour d’autres projets, pour aller plus loin, plus haut ! Prochaine destination : le Kilimandjaro avec une équipe de DID de 7 nationalités différentes !
Prendre conscience que nous sommes chanceux. Nous avons la chance d’être nés à une époque et dans un pays où le traitement existe et est accessible facilement, et à tous. Dans beaucoup de pays on meurt encore du diabète de type 1. Du coup, la seule chose qui nous reste à faire : se connaître et comprendre son diabète pour s’affranchir au maximum de ses contraintes.
Ce serait mentir de dire que je n’ai jamais de « bas », mais je fais en sorte que ces moments soient les plus courts possibles et les moins fréquents ; et je repense aux très bons moments où grâce à mon DID les victoires ont été encore plus belles !

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