Santé

Portrait – Paulette Schaeffer

Hiver 2013 - Lettre n°6
#Diabète de type 1 #Complications #Prévention #Insuline #Injection #Traitement #Alimentation #Surveillance

Février 1943 – Février 2013 À 77 ans, Paulette Schaeffer célèbre ses 70 ans de diabète, sans aucune complication ! Un record qui lui vaut bien le surnom de « championne », que ses soignants s’amusent à lui attribuer !

La chaleur de la rencontre nous aura fait oublier la fraîcheur extérieure ! Madame Paulette Schaeffer et son mari Pierre nous ont accueilli dans leur charmante maison de Muttersholtz, pour fêter un anniversaire pas tout à fait comme les autres !

Oui fête, car au delà d’un message de prévention, la septuagénaire porte un regard très positif sur la vie qu’elle a menée avec son diabète de type 1.

Jeune écolière, alors âgée de 7 ans, Paulette s’est mise à maigrir soudainement et à boire des litres d’eau, sans jamais réussir pour autant à tarir sa soif. Malgré ces signes, aujourd’hui évidents, il a fallu près d’un an au médecin de famille pour expliquer ces symptômes et soulager l’inquiétude des parents, sans défense face à la souffrance de leur fille. « Maintenant j’ai trouvé, elle a du sucre ! », s’est finalement écrié le médecin en février 1943, diagnostiquant ainsi, et enfin, le diabète de Paulette.

Les recommandations données aux diabétiques étaient alors principalement orientées sur l’alimentation : « éviter le sucre, les sucres lents, le pain, manger beaucoup de légumes ». Ce à quoi, Paulette fit preuve d’une obéissance exemplaire, tout au long de sa vie.

La jeune fille est d’abord prise en charge à l’Hôpital Pasteur de Colmar où elle reçoit ses premières injections d’insuline. Aidée ensuite par sa mère, Paulette s’autonomise très vite : à 8 ans, elle se fait déjà seule ses injections dans les cuisses « avec de grandes aiguilles ». S’ajoute à cela la surveillance quotidienne de la glycémie, faite, à l’époque, au moyen d’un système pour le moins archaïque : une dose d’un produit bleu et une dose de produit incolore versés dans une éprouvette, auxquelles on rajoutait de l’urine. Ce mélange était ensuite chauffé et la couleur déterminait la présence (par la couleur rouge) ou non (par la couleur bleue) de sucre. En fonction du résultat, Paulette effectuait son injection. Aujourd’hui, et depuis ses jeunes années, le traitement de Paulette s’organise autour de seulement deux injections matinales d’insuline, une rapide et une lente.

Paulette et son mari soulignent la rigueur essentielle avec laquelle elle a suivi ses traitements et son régime. Une rigueur qui l’a poussée, durant les premières années de son traitement, à peser tous les aliments. L’habitude lui permet aujourd’hui de ne plus s’en servir, elle a l’œil ! et gère d’instinct ses apports alimentaires.

Quand on demande à Paulette quel regard elle porte sur l’évolution des traitements, elle qui a connu une grande partie de l’histoire de la diabétologie moderne, la réponse est sans appel « c’est beaucoup plus facile maintenant surtout avec les lecteurs de glycémies ». Elle est contente de découvrir les nouveaux appareils, que son mari ne tarde jamais à lui faire essayer, dans le souci de lui faciliter la vie.
Son mari, ému, tient à souligner le courage de sa femme qui « n’est pas passée par la facilité », en racontant les épreuves auxquelles le couple a été confronté.

Fin 1959, année de leur mariage, Paulette et son mari attendent leur premier enfant. Mais durant une hospitalisation de suivi dans une clinique strasbourgeoise, alors qu’elle ressent le besoin de recevoir une injection d’insuline, l’infirmière en chef la lui refuse. Paulette fait ensuite une hyperglycémie sévère et accouche quelques jours plus tard d’un enfant mort-né. « La sage femme disait l’enfant vit mais en fait elle entendait les battements de mon cœur, pas du sien».

Cet épisode bouleversant les a conduit à déménager à Paris en 1960. À nouveau enceinte, c’est à Port Royal qu’elle bénéficie d’un suivi gynécologique et diabétologique plus poussé et insiste aujourd’hui sur les bons soins qu’on lui a prodigués. La première fille du couple, Nadine naît en 1961.
Après un retour en Alsace, où le couple décide de s’établir définitivement, Paulette donne naissance à sa deuxième fille Isabelle en 1965.
Ses deux filles naissent par césarienne mais sont en pleine santé. Une belle revanche que la vie leur a offerte !

Dans leur vie parisienne, Paulette s’est vite rendue compte que l’ignorance et les a priori sur le diabète représentaient pour elle un sérieux barrage à l’emploi. « Un jour j’avais trouvé une bonne place pour garder un enfant, j’ai dit que j’étais diabétique et on m’a finalement refusé le poste. Après je n’ai plus jamais rien dit ». Et en cachant son diabète, Paulette pu mener une vie professionnelle tout à fait normale et travailla toute sa vie durant.

Paulette a toujours mené une vie bien rangée, raisonnable, sans excès et reste aujourd’hui une femme indépendante et pleine de vie. Elle entretient sa maison et cuisine tous les jours, de préférence des légumes fraîchement cueillis dans son potager.
Elle a appris avec beaucoup de fermeté et d’exigence envers elle-même à gérer son diabète. Elle a vécu comme tout le monde, au prix de quelques adaptations voire de sacrifices certes mais certainement pas de sa joie de vivre. Paulette ne grignote pas entre les repas, ne boit pas d’alcool et n’a jamais fumé. « Je calcule tout le temps, c’est ça le secret ».

« Une championne »

Le diabète de Paulette s’est manifesté quelque temps avant le départ de son papa, enrôlé de force dans l’armée allemande quelques mois avant la libération « on a eu 4 lettres de lui, puis plus rien… » Un des 10 500 malgré-nous portés disparus. Orpheline de guerre, Paulette fait preuve d’une véritable force de caractère pour soutenir sa mère et ses frères et soeurs dans cette épreuve.
Sa situation familiale l’oblige à quitter l’école à l’âge de 14 ans. De ces épreuves, elle tirera une force de caractère, qui toute sa vie durant l’a aidé à surmonter courageusement les épreuves.
Et le résultat est là, 77 ans, dont 70 ans de diabète, et aucune complication, si ce n’est quelques embêtements principalement dus à son âge !
Paulette déclare avec le sourire « j’ai été heureuse dans ma vie, j’ai de beaux enfants qui ont bien réussi. »
Ç’aurait pu avoir l’effet inverse, mais le diabète de Paulette l’a sans aucun doute lié encore plus fortement à son mari. Pierre se tient régulièrement informé des dernières avancées de la recherche et représente un soutien incontestable pour Paulette dans un quotidien pas toujours si facile à assumer. Son diabète, ils le vivent à deux et leur complémentarité leur a permis de vivre heureux, ensemble, et de fêter, en 2009, leurs noces d’or. Et malgré les 77 ans de sa femme, pas question pour Pierre de baisser les bras, ils mèneront leur combat contre le diabète jusqu’au bout en étant persuadés « qu’on se forge jusqu’à la fin ».

Une belle leçon de vie

Paulette et Pierre nous ont donné en 2h une belle leçon de vie. Malgré les épreuves traversées, ils véhiculent un message plus que positif sur le diabète et sa gestion au quotidien. Ils encouragent les jeunes, de plus en plus touchés par cette maladie, à modérer leurs modes de vie et à veiller à leur alimentation, même si les tentations sont plus fortes aujourd’hui qu’il y a soixante ans ; et les acteurs de santé à « plus travailler dans le préventif que dans le curatif ».

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