Passage à l’insuline : vécu et difficultés

Docteur Michel Gerson, Colmar

Été 2019 - lettre n°30
#Insulinothérapie #Etude #Psychologie #Piqûre #Injection #Insuline #Insulinorésistance

Pour les personnes diabétiques de type 2, le passage à l’insuline est une étape nécessaire, mais parfois mal vécue. Des centaines d’essais thérapeutiques randomisés ont démontré l’efficacité hypoglycémiante de l’ajout d’insuline chez des patients traités par antidiabétiques oraux (ADO) et mal équilibrés ; mais les études sur le vécu et les difficultés des patients et des médecins lors de cette étape sont moins nombreuses ; d’où l’intérêt de quelques publications françaises récentes.

Actuellement, la majorité des mises sous insuline basale est décidée et mise en œuvre par un médecin généraliste. Une enquête publiée en 2016 nous renseigne sur la typologie des patients (1).

Une mise sous insuline souvent trop tardive

Cette étude a été menée auprès de 799 médecins généralistes français qui ont eux-mêmes inclus 1 256 patients diabétiques de type 2, âgés de plus de 18 ans, traités par ADO à dose maximale tolérée et chez lesquels une insuline basale avait été introduite depuis 20 à 40 jours.

Voici quelques-unes des caractéristiques de ces patients :

  • Ils sont âgés en moyenne de 66 ans, avec une ancienneté moyenne du diabète de 10 ans.
  • Leur hémoglobine glyquée moyenne est de 8,9%.
  • Chez plus des deux tiers des patients, la principale raison de la mise en route de l’insuline est une hémoglobine glyquée trop élevée.
  • Seul un tiers des patients a atteint au bout d’un mois l’objectif de glycémie à jeun comprise entre 0,8 et 1,2 g/l.
  • À un mois, l’incidence des hypoglycémies était de 13%.

On est donc frappé par l’hémoglobine glyquée très supérieure à l’objectif recommandé lors de la mise sous insuline. Cela témoigne d’une mise sous insuline souvent trop tardive.

Une crainte des injections surestimée par les médecins

Une enquête en ligne a été effectuée auprès de 590 adultes diabétiques dont un tiers traités par ADO seuls et les deux autres tiers traités par insuline basale depuis au moins 2 mois ; 130 médecins (65 diabétologues, 65 généralistes) ont été interrogés par téléphone (2).

Les questions portaient sur la perception de l’insulinothérapie et sur les craintes à propos de
ce traitement.

La synthèse des réponses des patients montre que les patients sous insuline rapportaient moins de sentiments négatifs et plus de sentiments positifs que les patients sous ADO ; deux tiers des patients sous insuline répondaient que le passage à l’insuline avait été moins difficile qu’attendu.

La perception négative selon laquelle l’insulinothérapie est un signe de progression de la maladie est de 68% chez les patients sous ADO et de 22% chez les patients sous insuline.

Alors que 80% des médecins estiment que les injections représentent une crainte majeure des patients, seuls 21% des patients traités par insuline sont de cet avis.
À l’inverse les médecins sous-estiment la peur des complications chez les patients.

Vaincre l’insulinorésistance psychologique

Les craintes des patients participent à l’« insulinorésistance psychologique », que Gérard Réach définit comme « l’hésitation, observée chez de nombreux patients diabétiques de type 2 et de nombreux médecins, à initier un traitement par l’insuline lorsqu’il s’avère nécessaire »(3).

Les résultats de l’enquête française résumée
ci-dessous peuvent aider les médecins à mieux prendre en compte cette insulinorésistance psychologique, notamment :

  • En en parlant suffisamment tôt au patient, dès qu’il apparaît qu’une mise à l’insuline va être envisagée. Il est important de ne pas présenter cette éventualité comme un épouvantail ou une punition. Gérard Réach propose même d’en parler très précocement au cours d’une « consultation d’information et d’annonce ».
  • En prenant le temps d’analyser précisément les craintes des patients, au cours de plusieurs consultations si besoin.
  • En proposant aux « candidats à l’insuline » des rencontres avec des pairs déjà sous insuline ; les associations de patients et les structures qui mettent en œuvre des programmes d’éducation thérapeutique ont un rôle à jouer dans cette mise en relation (il s’agit de l’accompagnement communautaire).

 

Sources :
1-Penfornis A et al. Médecine des Maladies Métaboliques. 2016 ; 10 (7) : 659-66.
2- Cosson E et al. Patient Preference and Adherence. 2019 ; 13 : 251–60.
3- Réach G. Médecine des Maladies Métaboliques. 2014 ; 8 (4) : 423-8.

 


Les insulines basales utilisées en France

Deux types d’insulines basales sont utilisées en France pour la mise en route d’une insulinothérapie dans le diabète de type 2 :

  • L’insuline NPH (Insulatard®, Umuline NPH®) ; c’est une insuline d’action intermédiaire. Lors de son utilisation, elle nécessite une remise en suspension afin d’homogénéiser l’insuline avant l’injection. Elle est actuellement utilisée par une minorité de prescripteurs.
  • Les analogues lents de l’insuline sont des insulines d’action prolongée au moins 24 heures ; elles sont au nombre de 4, soit par ordre de mise sur le marché :
  • L’insuline glargine : Lantus® et son biosimilaire Abasaglar®; le biosimilaire est, en quelque sorte, pour les médicaments de biotechnologie l’équivalent d’un générique pour les autres médicaments.
  • L’insuline detemir : Levemir®.
  • L’insuline glargine concentrée (U 300) : Toujéo®.
  • L’insuline dégludec : Tresiba®.
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