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Soins

Hypnose et diabète : l’inconscient comme acteur majeur de la qualité de vie, et donc de l’équilibre glycémique

Dr Mathieu Giraud, médecin et hypnopraticien au Centre Hospitalier Bretagne Atlantique, Vannes

Été 2021 - lettre n°38
#hypnose #Diabète #Accompagnement

« J’en ai ras-le-bol du diabète », « de toute façon je l’ai toujours refusé », ou encore « je ne veux pas augmenter ma dose d’insuline, j’ai trop peur des hypoglycémies ». Voici quelques-unes des phrases que les diabétologues entendent au quotidien de leurs patients. Et force est de constater que nos conseils, nos tentatives de rationalisation, n’ont souvent pas de prise sur ces doléances. Peut-être car le mécanisme en jeu ne fait pas appel au raisonnement ? Au conscient ?

Tous nos mécanismes d’action, de pensée, d’élaboration ne passent pas que par le prisme du conscient, c’est-à-dire du réfléchi, de l’analysé. Nous avons aussi des mécanismes inconscients qui sont là pour nous aider à gérer la masse d’informations reçues chaque seconde et à effectuer des activités de façon complètement automatique (marcher, conduire, lire, écrire, etc.).

Dans le cas du diabète, chez certains patients, des schémas automatiques s’installent, suite à différents évènements : une hypoglycémie sévère peut créer une phobie secondaire et un sous dosage chronique en insuline, témoins du signal d’alarme mis en place inconsciemment. L’évènement est tellement marquant pour le sujet que le cerveau va l’enregistrer et déclencher de façon automatique une alarme interne à chaque fois que la glycémie baissera, même sans hypoglycémie. La conséquence est évidemment néfaste pour le patient qui va avoir des glycémies élevées et s’exposer au risque de complications. Des moqueries répétées chez l’enfant à l’école vont créer un mécanisme de refus de la maladie : plus ou très peu d’autocontrôles, des oublis d’injection. De ce fait, le diabète n’existe plus et on arrêtera de le stigmatiser. Un conflit de valeurs déclenché par l’apparition de la maladie peut là aussi entraîner une souffrance chronique : « le diabète me prive de ma liberté qui est une valeur fondatrice pour moi », les fondements de sa personnalité ne pouvant être modifiés, c’est donc le diabète qui va être refusé ou oublié.

Partant de ce constat et du manque d’offres de soins et de prise en charge de ces symptômes qui font pourtant partie du quotidien des patients atteints de diabète, nous avons développé une consultation spécialisée d’hypnothérapie dans le service de diabétologie-endocrinologie-nutrition du Centre hospitalier de Vannes, dans le Morbihan. Il s’agit d’une consultation médicale dédiée aux patients atteints de diabète ainsi qu’aux patients porteurs de troubles du comportement alimentaire, diabétiques ou non. Ouverte aux enfants, adolescents et aux adultes, elle permet de compléter l’offre de soins chez ces patients en souffrance psychologique. La prise en charge en hypnothérapie peut aussi être complétée par une prise en charge en psychothérapie, ces deux spécialités étant complémentaires.

L’hypnose est un état modifié de conscience. Il ne s’agit ni d’un état de veille classique, ni d’un état de sommeil. Nous pouvons le décrire comme un pas de côté que le patient fait via une focalisation, une hyper-concentration, qui va permettre de mettre le mental sur pause et d’accéder à la partie inconsciente, qui est alors ouverte aux suggestions. Aussi, le patient est toujours en contact avec le praticien. Cette présence est d’ailleurs nécessaire pour pouvoir recueillir des informations et adapter le discours pour accompagner au mieux. La position de l’hypnopraticien, contrairement à celle qu’on a habituellement en tant que médecin, est une position basse : nous partons du postulat que nous ne savons pas ce que le sujet veut et ce qui est bon pour lui. Nous allons l’aider à trouver sa solution grâce à la découverte de son monde intérieur.

Dans le cas du diabète, la problématique de la non-acceptation de la maladie est un motif fréquent de consultation en hypnothérapie. Le patient se présente en souffrance psychologique, chronique le plus souvent. Tout le travail réside alors sur l’identification du blocage qui entraîne ce symptôme, travail qui doit déjà être hypnotique. Une fois l’objectif trouvé, on pourra alors mettre le patient en transe pour accéder à son inconscient et à sa suggestibilité. Ainsi, dans cet état, nous pouvons travailler sur la mise en place de nouveaux automatismes, de nouveaux chemins à l’aide de leviers de changements adaptés.

L’hypnothérapie est décrite comme une thérapie brève orientée vers la solution. Pour autant, il est impossible de préciser au préalable le nombre de séances nécessaires. Tout se fera selon l’évolution de chacun. C’est un travail qui est donc très émotionnel : nous devons ramener le patient à son émotion et sa structure émotionnelle qui sont à la source de son blocage. Le mental n’a pas sa place. Nous devons l’aider à aller sur ce qui se joue vraiment au plus profond, de la façon la plus honnête.


PERMETTRE AU PATIENT DE MIEUX ACCEPTER SA MALADIE ET DE MIEUX VIVRE AVEC ELLE EST CE QUE NOUS FAISONS DÉJÀ EN ÉDUCATION THÉRAPEUTIQUE GRÂCE À L’ENSEIGNEMENT.

Nous voici donc, soignants, avec une corde de plus à notre arc, pour accompagner et aider vers une meilleure qualité de vie et un meilleur équilibre glycémique.


Merci au Dr Arnault, cheffe de service, pour sa confiance et son soutien dans la création de cette activité ainsi qu’à M. Perez et Mme Jaworski, formateurs d’exception

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