Santé

Diabète et sexualité par le professeur Michel Pinget

Professeur Michel Pinget

Été 2013 - Lettre n°7
#Diabète #Bien-être #Traitement #Complication cardiovasculaire #Dysfonction érectile #Téstostérone #Sexualité

Il est largement admis, dans le grand public comme chez les diabétiques, que le diabète altère les performances sexuelles et que les diabétiques doivent rapidement considérer le plaisir sexuel comme un lointain souvenir. Comme toujours il y a dans cette idée reçue un peu de vrai, mais aussi beaucoup de fausses notions. Mais ces idées reçues finissent par convaincre les intéressés et ainsi compromettre leur qualité de vie. En fait les choses sont sans doute beaucoup plus simples et moins redoutables que ne le veut la rumeur publique.

Diabète et sexualité féminine

Le diabète altérerait la libido de la femme, augmenterait le risque de frigidité, favoriserait la sécheresse vaginale… Nous n’avons aucune preuve scientifique à ce jour de ces allégations, déjà parce que les relations entre diabète et sexualité féminine ont été peu étudiées.

Le déclenchement du plaisir chez la femme est un phénomène complexe, dans lequel la composante organique (vasculaire et/ou neurologique) n’est sans doute pas la plus importante mais où la qualité de la relation avec le partenaire est essentielle tout comme le «bien-être au quotidien de la femme».

De ce fait il n’a jamais été démontré que le diabète puisse objectivement avoir un impact sur la sexualité de la femme, si ce n’est au travers de l’altération de la qualité de vie et des angoisses que peut générer la vie avec cette maladie chronique.

Les choses sont très différentes chez l’homme, où les études sont nombreuses, certaines même déjà très anciennes.

Le plaisir sexuel chez l’homme

L’obtention du plaisir sexuel chez l’homme obéit à des mécanismes beaucoup mieux identifiés. Clairement il existe 3 étapes successives, à savoir la libido (l’envie), le déclenchement et le maintien de l’érection enfin l’éjaculation. La libido est très dépendante de l’imprégnation hormonale, essentiellement le taux de testostérone, bien sûr aussi de l’environnement affectif de l’intéressé. Le déclenchement de l’érection correspond à un afflux massif de sang par les artères génitales, rendu possible par une vasodilatation artérielle, réflexe qui ne peut être efficace que si l’artère n’est pas devenue trop rigide et le réflexe non altéré.

Le maintien de l’érection est rendu possible par la maintien du réflexe vasodilatateur

L’éjaculation nécessite le déclenchement d’un autre réflexe permettant le passage de l’éjaculat dans l’urètre, en bloquant le risque d’arrivée d’urine de la vessie d’où part l’urètre.

Chacune de ces étapes peut être altérée par le diabète et ses complications (artérielles et neurologiques), mais aussi les co-morbidités comme l’hypertension artérielle et certains traitements à visée cardiovasculaire.

La dysfonction érectile, une affection grave chez l’homme de plus de 35 ans

On parle de dysfonction érectile chaque fois que l’altération d’un ou de plusieurs des mécanismes ne permet pas la réalisation d’un rapport sexuel complet. Le risque de dysfonctionnement érectile augmente avec l’âge, même si certains hommes, y compris des diabétiques, conservent à vie une fonction érectile normale. Ce dysfonctionnement touche en moyenne 34 % des hommes de plus de 40 ans, mais varie beaucoup en fonction du vieillissement : 11% entre 40 et 49 ans, 24 % entre 50 et 59 ans, 37 % entre 60 et 69 ans et 63 % au-delà de 70 ans.

Mais une dysfonction érectile peut exister à tout âge. On considère qu’avant l’âge de 35 ans une dysfonction érectile est toujours d’origine «psychogène» mais qu’après cet âge toute dysfonction érectile peut témoigner d’un contexte cardio-vasculaire défavorable, notamment chez le diabétique.

Le risque d’infarctus du myocarde, d’accidents vasculaires cérébraux et de décès est significativement plus élevé chez les hommes présentant une dysfonction érectile après 50 ans par rapport à des hommes à fonction érectile normale. Il existe en effet une corrélation entre la réactivité des artères génitales et l’état des artères coronaires et cérébrales.

Par ailleurs la survenue d’une dysfonction érectile est favorisée par les mêmes facteurs que ceux conduisant à la maladie cardio-vasculaire : hyperglycémie, hypertension artérielle, tabagisme, sédentarité et alimentation non équilibrée.

Le mécanisme par lequel ces facteurs agissent pour favoriser ces troubles est également très comparable notamment l’activation du stress oxydant, avec diminution de la production de NO, la substance chimique, principale responsable de la réaction vasculaire au moment de l’érection, également impliquée dans le développement des lésions artérielles.

En plus de l’indication d’un risque cardiovasculaire augmenté, la dysfonction érectile impacte souvent, non constamment, la qualité de vie de l’homme et du couple.

Diabète et dysfonction érectile

Un diabétique sur deux souffre de troubles de l’érection dans la tranche d’âge 50 à 65 ans, versus un sur cinq dans la population générale. Évaluée à 34 % dans la population des hommes de plus de 50 ans, la fréquence de la dysfonction érectile passe à 51 % en cas d’hypertension artérielle, 57 % en cas de diabète et 78 % en cas d’association diabète et hypertension. Toutes les étapes de la réaction érectile peuvent être altérées du fait du diabète.

Une baisse de la libido peut relever d’un déficit androgénique lié à l’âge (DALA ou andropause), fréquent en cas de diabète et qui peut être objectivé par un taux anormalement bas de testostérone. A titre anecdotique cette hypoandrogénie plus fréquente chez les diabétiques que chez les non diabétiques explique probablement la prévalence plus faible chez les diabétiques du cancer de la prostate.

Un traitement par testostérone peut être envisagé, en l’absence de contre-indications (cancer de la prostate
avéré), plutôt sous forme d’injection intramusculaire toutes les 2 à 4 semaines d’Androtardyl® 250, forme
emboursée par l’Assurance Maladie. L’utilisation de préparation orale (Pantestone®) est moins efficace alors que les patchs cutanés ne sont pas à ce jour remboursés.

Les anomalies de l’érection peuvent être la conséquence de complications artérielles et/ou neurologiques. Toutefois il faut bien savoir que ces troubles de l’érection ne sont d’origine organique que s’il n’existe plus d’érections spontanées, notamment nocturnes et/ou au réveil. Si le patient signale l’existence d’érections spontanées, il faudra rechercher l’origine de ces «pannes sexuelles» dans le contexte de sa vie de couple ou de son vécu du moment.

Une érection de durée insuffisante, en général en relation avec une neuropathie modérée, réagit en général très bien à un traitement par vasodilatateurs (Viagra®, Levitra® et Cialis®) sous forme orale. Il faut préciser que ces médicaments ne sont pas néfastes pour le diabétique, ni au niveau de son contrôle glycémique, ni pour le risque vasculaire. Bien au contraire ils peuvent favoriser l’effet cardio-protecteur des médicaments antidiabétiques. Il faut seulement savoir que ces médicaments ne doivent pas être prescrits en même temps que les dérivés nitrés
(trinitrine et dérivés) utilisés en cas d’angine de poitrine.

L’absence totale d’érection doit conduire à l’évaluation de l’efficacité des prostaglandines en injections intracaverneuses (Edex® ou Caverject®) qui représenteront l’option thérapeutique en cas de réponse positive. Il appartiendra alors au patient d’apprendre à réaliser ce traitement sous forme d’auto-injections intracaverneuses.

Enfin, en cas de neuropathie autonome sévère, peuvent survenir des éjaculations rétrogrades, l’abolition du réflexe éjaculatoire aboutissant à un déversement de l’éjaculat dans la vessie et non à l’extérieur. Cette situation pose essentiellement problème en cas de souhait de paternité, amenant à recueillir les spermatozoïdes dans l’urine pour pratiquer une insémination.

Comment prévenir la dysfonction érectile ?

Comment indiqué ci-dessus la dysfonction érectile peut affecter tout homme, plus fréquemment et probablement plus précocement l’homme diabétique. Sa prévention passe par la connaissance et si possible la réduction des facteurs susceptibles d’en accélérer la survenue. Ces facteurs sont-ils différents chez les diabétiques que chez les non-diabétiques ?

Une étude déjà ancienne de l’Association Française des Diabétiques, menée dans un échantillon représentatif de ces membres de sexe masculin et âgés de plus de 40 ans a montré que certes un taux élevé d’HbA1C et des prises médicamenteuses multiples étaient des facteurs favorisant, mais beaucoup moins puissants que les 3 facteurs retrouvés en 1er dans la population générale et également chez les diabétiques, à savoir :

  •  La qualité de la relation avec sa partenaire et surtout l’absence de relations avec des partenaires multiples
  • Le niveau d’activité physique
  • La consommation tabagique

Il est donc possible de prévenir la survenue de la dysfonction érectile, notamment par le maintien d’une activité physique régulière, dont on sait qu’elle contribue aussi à la prévention des complications cardiovasculaires et au bon contrôle du diabète.

En conclusion

Si les relations éventuelles entre diabète et sexualité féminine restent à démontrer, il est clair que la dysfonction érectile est une anomalie qui peut toucher tout homme, plus précocement et plus fréquemment en cas de diabète. La survenue d’une dysfonction érectile chez l’homme après la quarantaine doit systématiquement faire
rechercher l’existence d’une maladie cardiovasculaire fréquemment associée. Si les complications diabétiques ainsi que les maladies fréquemment associées au diabète (hypertension artérielle) et leur traitement peuvent expliquer cette plus grande fréquence de la dysfonction érectile chez les diabétiques, il faut garder à l’esprit qu’il est possible de prévenir cette dysfonction par une meilleure hygiène de vie et une harmonie au sein du couple, chez le diabétique, comme chez le non diabétique. Enfin il existe quasiment toujours une solution thérapeutique qu’il importera de définir avec son médecin. Encore faut-il avoir l’envie pour le diabétique de s’en ouvrir à son médecin et la capacité de ce dernier d’écouter cette plainte.

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