Santé

Diabète et adolescence par le professeur Laurence Kessler

Laurence Kessler

Hiver 2013 - Lettre n°6
#Diabète #Adolescence #Autonomie #Maladie #Traitement #Prévention #Responsabilité #Transition

« L’adolescence est l’âge où les enfants commencent à répondre eux-mêmes aux questions qu’ils se posent». George Bernard Shaw

La Fédération Internationale du Diabète dénombre chaque année dans le monde, quelque 70 000 nouveaux cas de diabète chez les moins de 15 ans. En France, un doublement du taux d’incidence a pu être observé par l’INVS* aux cours des 30 dernières années atteignant aujourd’hui 15 cas pour 100 000.

Face à cette importante croissance, se pose la question de la prise en charge de ces jeunes patients et en particulier des adolescents, pour lesquels aucune structure de prise en charge spécifique n’existe. En effet, l’adolescent diabétique se trouve, au niveau de sa prise en charge, dans une phase de transition des services pédiatriques vers les services adultes. Cette transition est délicate et peut exacerber certaines difficultés inhérentes à cette phase de vie, toute particulière, que traversent les jeunes.

Celles-ci s’expriment sur plusieurs plans, et notamment :

  • métabolique : du fait des modifications hormonales qui s’opèrent et vont avoir une influence directe sur le traitement ;
  • psychologique : l’adolescence est une période de transition, source d’angoisse, propice aux postures d’opposition, d’affirmation de soi, favorisant les actes de compulsion, exacerbant les préoccupations ;
  • social : l’adolescence correspond à une période de changement du mode de vie (rythme scolaire, départ éventuel du milieu familier, horaires des repas plus variables…);
  • institutionnel : risque de rupture dans la prise en charge du diabète, inexistence de structures spécifiquement dédiées, formation insuffisante des soignants…

Lors du passage de l’enfance à l’âge adulte, les adolescents doivent progressivement s’affranchir de leur milieu familial, s’autonomiser et se responsabiliser. Affronter leur maladie dans cette période où leur corps se transforme et où leur environnement social bouge n’est pas chose facile. En plus de cela, les adolescents
diabétiques doivent se construire tout en faisant face aux nombreuses contraintes quotidiennes induites par
leur traitement (autosurveillance, multi-injections, équilibre alimentaire, activité physique…).
Il est ainsi important, lorsque les parents leur passent progressivement le relais pour la gestion autonome de leurs traitements, de leur donner toutes les clés afin de leur permettre d’en saisir les enjeux. Il s’agit pour cela de les accompagner et de les impliquer en évaluant à la fois leur degré de maturité et leur envie de faire.
Le jeune diabétique doit alors se réapproprier les connaissances et apprendre à les adapter à son nouveau contexte et à ses besoins changeants, pour progressivement apprendre à se faire confiance.

À cette période charnière, il est donc essentiel de l’accompagner dans cette transition, tout en agissant sur la prévention :

  • des hypo et hyperglycémies, en travaillant sur l’alimentation et l’activité physique ;
  • de la consommation d’alcool, de tabac et de drogues qui interagissent directement avec son traitement ;
  • de la survenue d’incidents majeurs en lien avec la non compliance.

*Institut National de Veille Sanitaire

Quelles solutions ?


Il existe un certain vide institutionnel pour la prise en charge spécifique des adolescents diabétiques, présentant pourtant de nombreux enjeux, voire de réels risques (phase de rejet de la maladie, période de décompensation des maladies psychiatriques, risques suicidaires…).
Quelques initiatives locales, émanant souvent d’une collaboration active entre services pédiatriques et adultes, tentent d’apporter des réponses concrètes à cette problématique.


Un partenariat efficace avec la Maison des adolescents* de Strasbourg

Depuis 2002, des sessions spécifiques d’accompagnement des adolescents diabétiques sont organisées à Strasbourg et un partenariat a pu être initié en 2011 avec la Maison des Adolescents.
Au total, 75 adolescents ont pu bénéficier de ces rencontres d’une durée totale de 4 jours, organisées par petits groupes, visant à :

  • les aider à mieux vivre avec leur diabète (par l’information, les échanges avec d’autres jeunes concernés…),
  • leur permettre de partager, au travers d’activités ludiques, leurs connaissances, leurs difficultés,
  • les soutenir pour une meilleure acceptation de la maladie.

* La Maison des Adolescents est un établissement d’accueil et d’écoute ouvert aux adolescents et à leurs parents pour tous types de difficultés, localement administrée dans le cadre d’un Groupement d’Intérêt Public présidé par le Docteur Alexandre FELTZ – Vice-Président de la Communauté Urbaine de Strasbourg chargé de la santé.

Une offre de formation
L’Université de Strasbourg propose depuis peu une formation courte destinée au personnel soignant (médecins, infirmières, diététiciennes, psychologiques…) et intitulée : « Freins et leviers à la prise en charge de l’adolescent diabétique de type 1 ».
D’une durée de 2 jours, elle a pour objectif de donner au personnel concerné les moyens d’améliorer leur relation avec les adolescents par :

  • l’actualisation des connaissances sur l’adolescence et le diabétique de type 1 au plan médical et psychopathologique,
  • la formation à l’entretien clinique singulier et à l’entretien de groupe,
  • l’organisation des consultations de transition des adolescents du secteur pédiatrique au secteur adulte en diabétologie.

 

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