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Sport et santé

Activité physique et défense immunitaire : l’exercice rend-il moins malade ?

Clément Dubal, éducateur médico-sportif au réseau de santé REDOM

Été 2020 - Lettre n°34
#Activité physique #Sport #Système immunitaire #Bonne santé

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Notre organisme est doté d’une armure appelée système immunitaire qui permet généralement de combattre les envahisseurs extérieurs de type bactéries et virus. Nous connaissons les rôles importants que joue l’activité physique sur la santé : augmentation de la qualité de vie, amélioration des fonctions cardio-respiratoires et métaboliques, diminution du stress, hausse de la qualité du sommeil, etc. Mais qu’en est-il de leur impact sur le système immunitaire ? Y a-t-il un lien entre pratique physique et augmentation des défenses immunitaires ? Si oui, quelles sont les modalités pour limiter l’impact des virus qui menacent l’intégrité de nos organismes ?

Les effets de l’exercice physique sur le système immunitaire se produisent à la fois à court et à long terme. Voyons ce qu’il en est.

Effets instantanés

Lorsque l’organisme humain est soumis à un effort physique, celui-ci provoque des réactions physiologiques instantanées pendant et immédiatement après l’effort. Le système immunitaire répond très rapidement à l’exercice et de façon proportionnelle à l’intensité et la durée de l’effort.

▶ Un exercice d’intensité modérée à élevée a par exemple pour effet d’augmenter :

  • le nombre de globules blancs : appelés leucocytes, ils correspondent à des cellules du système immunitaire et jouent un rôle essentiel dans la lutte contre les infections.
  • les fonctions des neutrophiles : ils représentent environ 60% des leucocytes et participent à la réponse immunitaire. Ils migrent vers les sites infectés où ils se lient, ingèrent et tuent les agents pathogènes.
  • le nombre de cellules NK : elles sont de véritables cellules tueuses naturelles ayant des propriétés anti-tumorales
  • le nombre de cytokines : l’exercice musculaire est responsable d’une réponse inflammatoire qui agit sur le système immunitaire. En réponse à cette inflammation, le corps produit des cytokines qui stimulent les cellules chargées du développement des défenses immunitaires.

Ainsi, la pratique d’activité physique d’intensité modérée à élevée permet d’améliorer l’activation des cellules protectrices et d’augmenter la vitesse de la circulation sanguine. Les diverses substances protectrices du système immunitaire présentent dans le sang sont distribuées plus rapidement vers les organes vitaux et augmentent l’efficacité du système de surveillance. De plus, le système immunitaire est plus efficace pour détecter et combattre les virus ou autres bactéries qui nous veulent du mal. Ces changements sont généralement transitoires et le retour à la normale intervient généralement dans les 24 heures qui suivent l’effort.

▶ Inversement, la pratique d’activités épuisantes semble altérer temporairement nos défenses immunitaires.

Les sportifs dont les efforts ressemblent à ceux qui effectuent des épreuves de triathlons ou de marathons présentent un plus grand risque d’être plus vulnérables aux infections des voies respiratoires supérieures quelques heures, voire quelques jours, après l’effort. Toutefois, une récente étude suggère que ces infections ne sont pas dues au type d’effort. Les auteurs expliquent que cette baisse d’immunité proviendrait plutôt du contexte dans lequel ce type d’effort est pratiqué :

  • Assister à tout événement où il y a un grand rassemblement de personnes augmente les risques d’infection (ce qui est le cas dans les marathons et triathlons).
  • Les transports publics, en particulier les voyages en avion sur de longues distances, où le sommeil est perturbé, peuvent également augmenter les risques. •
  • D’autres facteurs, comme une alimentation inadéquate, le froid, l’humidité et le stress psychologique, sont tous liés à une plus grande probabilité de développer des infections.

Dans le contexte actuel, si vous vous passionnez et êtes habitué à réaliser ce type d’activités physiques exigeantes, il ne s’agit pas d’arrêter de s’entraîner mais plutôt d’adapter ses entraînements.

Effets sur le long terme

Au fil des ans, le système immunitaire des individus a une tendance naturelle à diminuer. Plus on vieillit, moins notre système immunitaire est efficace. Cette diminution est susceptible d’augmenter la sensibilité aux infections respiratoires. On ne peut rien y faire. Enfin, pas tout à fait d’après certains scientifiques. Il a été démontré que l’augmentation du niveau d’activité physique de sujets âgés atténue la diminution des fonctions immunitaires. De plus, l’exercice a aussi une réponse d’amélioration de l’efficacité des vaccins surtout chez les personnes âgées. Lorsque la pratique physique est régulière, l’exercice physique présente des effets positifs sur le système immunitaire qui s’additionnent de séance en séance : on parle d’effets chroniques.

Ainsi il paraît intéressant de maintenir un niveau d’activité élevé pour prévenir les effets néfastes du vieillissement sur les fonctions immunitaires.

Conclusion

Il est clairement démontré que la pratique d’activités physiques et sportives procure des bienfaits pour le système immunitaire, que ce soit pendant la phase d’activité ou dans celle de récupération. L’augmentation du niveau d’activité physique protège contre le déclin des fonctions immunitaires chez les personnes âgées.

Bouger n’est toutefois pas une potion magique. La force du système immunitaire dépend aussi d’autres facteurs comme le sommeil et l’alimentation. Précisons aussi que l’exercice ne nous empêchera pas de contracter la Covid-19 si l’on y est exposé. Une bonne condition physique pourra aider au bon fonctionnement du système immunitaire pour la combattre, probablement diminuer les symptômes et accélérer le processus de guérison.


PRINCIPALES CAUSES D’UNE BAISSE DES DÉFENSES IMMUNITAIRES :

  • Une maladie auto-immune
  • L’âge
  • Le déconditionnement physique
  • Une comorbidité comme par exemple l’obésité, le diabète, l’hypertension artérielle, un cancer traité ou en traitement
  • L’isolement
  • Une baisse de moral, un état dépressif
  • Un problème ou manque de sommeil
  • Une alimentation déséquilibrée
  • Le stress qui limite la capacité de nos lymphocytes T à se multiplier et donc à lutter contre la charge virale.

 


Sources

Inserm (dir.). Activité physique : contextes et effets sur la santé. Rapport. Paris : Les éditions Inserm, 2008, XII – 811 p. – (Expertise collective). – http://hdl.handle.net/10608/97

John P. Campbell, James E. Turner. Démystifier le mythe de la suppression immunitaire induite par l’exercice: redéfinir l’impact de l’exercice sur la santé immunologique à travers la durée de vieFrontiers in Immunology.

 https://www.irbms.com/sport/coronavirus/

http://www.isei.dk/index.php?pageid=1

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